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Herbert Wigwe : Cinq leçons de leadership pour les dirigeants africains

À l’occasion de son 60e anniversaire posthume, Management Times RDC rend hommage à un bâtisseur africain dont la vision dépassait largement le secteur bancaire

15 août 1966 – 9 février 2024

Certains dirigeants sont retenus pour les résultats qu’ils ont obtenus. D’autres pour les organisations qu’ils ont contribué à faire grandir. Herbert Onyewumbu Wigwe appartient à cette deuxième catégorie.

Né le 15 août 1966 au Nigeria, Herbert Wigwe aurait eu 60 ans ce 15 août 2026. Banquier, entrepreneur, investisseur et philanthrope, il a consacré l’essentiel de sa carrière au développement d’Access Bank et à la construction d’un groupe financier présent sur plusieurs marchés africains.

Sa disparition, le 9 février 2024, dans un accident d’hélicoptère en Californie, avait suscité une vive émotion dans les milieux économiques africains. Il voyageait avec son épouse Doreen, son fils Chizi et Abimbola Ogunbanjo, ancien président du Nigerian Exchange Group.

Deux ans après sa disparition, son parcours reste d’actualité. Il permet de comprendre une certaine manière de diriger : faire grandir une organisation, investir dans les talents, prendre des risques calculés et préparer l’avenir.

À travers son parcours, cinq leçons de leadership se dégagent pour les dirigeants africains.

De la banque à la construction d’une institution

Herbert Wigwe commence sa carrière dans l’audit avant de rejoindre Guaranty Trust Bank, où il acquiert une solide expérience dans les métiers de la finance et de la banque.

En 2002, il rejoint Access Bank aux côtés d’Aigboje Aig-Imoukhuede. L’établissement est alors loin d’avoir la dimension qu’il atteindra quelques années plus tard.

Les deux hommes vont participer à une transformation profonde de la banque.

Wigwe gravit progressivement les échelons et devient Group Managing Director et Chief Executive Officer d’Access Bank en 2014. En 2022, il prend la direction d’Access Holdings comme Group Chief Executive Officer.

Son parcours chez Access Bank s’inscrit dans une période de forte croissance de l’institution. Après plusieurs opérations de croissance externe, dont la fusion avec Diamond Bank en 2019, Access s’est imposée comme l’un des grands groupes bancaires africains.

Wigwe n’a donc pas simplement dirigé une banque en croissance. Il a participé à un changement d’échelle.

1. Voir grand et construire les moyens d’y parvenir

Lorsque Herbert Wigwe rejoint Access Bank en 2002, l’établissement n’a pas encore la stature qu’il atteindra par la suite.

L’ambition est importante, mais elle doit être accompagnée d’un travail patient sur l’organisation, les équipes, les produits et les marchés.

C’est l’une des premières leçons de son parcours.

Une vision n’a de valeur que lorsqu’elle peut être transformée en action.

Voir grand ne signifie pas ignorer les difficultés. Cela signifie savoir où l’on veut aller et accepter de construire, étape après étape, les moyens nécessaires pour y parvenir.

La transformation d’Access Bank illustre cette approche. Une institution ne change pas d’échelle par une seule décision. Elle le fait à travers une succession de choix, d’investissements et de décisions prises dans la durée.

Pour les dirigeants africains, l’expérience de Wigwe rappelle qu’une ambition forte doit s’appuyer sur une organisation capable de l’exécuter.

2. Faire du capital humain une priorité

Le deuxième enseignement concerne les personnes.

Une entreprise peut disposer de capitaux importants, de technologies performantes et de perspectives commerciales intéressantes. Sans des équipes capables de prendre des décisions, de gérer la croissance et d’assumer des responsabilités, ces ressources ne suffisent pas.

Cette conviction apparaît clairement dans le projet éducatif de Herbert Wigwe.

Avec la création de Wigwe University, il s’engage dans un autre domaine : la formation de la prochaine génération de professionnels et de dirigeants.

L’université a été pensée autour de l’entrepreneuriat, de l’innovation, de la technologie et du leadership.

Le choix est révélateur. Après avoir consacré une grande partie de sa carrière à la construction d’une institution financière, Wigwe investit dans ceux qui construiront les institutions de demain.

Le capital humain n’est pas une variable secondaire de la stratégie. Il en est l’un des fondements.

Former un collaborateur, lui confier des responsabilités et lui donner les moyens de progresser, c’est aussi préparer l’avenir d’une organisation.

3. Construire des institutions capables de durer

La troisième leçon concerne la pérennité.

Un dirigeant peut obtenir de bons résultats pendant son mandat. La solidité d’une organisation se vérifie lorsque celle-ci continue de fonctionner et de progresser après son départ.

Cette question est particulièrement importante dans les entreprises africaines, où certaines structures restent fortement associées à leur fondateur ou à leur dirigeant principal.

Le parcours de Wigwe offre une autre perspective.

Access Bank constitue une partie importante de son héritage professionnel. Wigwe University en représente une autre.

La finance et l’éducation répondent à des logiques différentes. Dans les deux cas, Wigwe a investi dans des institutions appelées à continuer leur chemin sans lui.

Le dirigeant ne doit pas seulement penser à son mandat. Il doit penser à ce qui viendra après lui.

C’est une question de gouvernance, de succession et de transmission.

4. Penser au-delà des frontières

L’expansion d’Access Bank constitue un autre élément fort de la carrière de Herbert Wigwe.

Au fil des années, le groupe s’est développé sur plusieurs marchés africains, avec l’ambition d’accompagner les entreprises et les particuliers au-delà du Nigeria.

Cette stratégie correspondait à une évolution du secteur financier africain : les entreprises opérant dans plusieurs pays avaient besoin de partenaires capables de suivre leur développement sur différents marchés.

Wigwe a participé à cette évolution avec une conviction claire : les entreprises africaines peuvent devenir elles-mêmes des acteurs régionaux et internationaux.

Pour les dirigeants du continent, cette approche ouvre une réflexion sur la taille du marché.

Le marché national peut être un point de départ. Il ne doit pas forcément constituer la limite de l’ambition.

Comprendre les marchés voisins, développer des partenariats et bâtir des organisations capables de fonctionner dans plusieurs environnements sont devenus des compétences importantes pour les entreprises africaines.

L’histoire d’Access Bank en est une illustration.

5. Préparer ceux qui prendront le relais

Le cinquième enseignement touche directement à la transmission.

Un dirigeant peut être reconnu pour les performances réalisées pendant son mandat. Son influence prend une autre dimension lorsqu’il prépare des hommes et des femmes capables de poursuivre le travail.

C’est ce qui donne une importance particulière au projet de Wigwe University.

Former une génération de professionnels et de dirigeants, c’est accepter que l’avenir appartiendra à ceux qui viennent après nous.

Cela suppose de transmettre des connaissances, de partager son expérience et de donner progressivement des responsabilités.

Pour Herbert Wigwe, l’éducation était une manière de préparer l’avenir du continent.

La relève ne se prépare pas au dernier moment. Elle se construit longtemps à l’avance.

Access Bank en RDC : une partie de l’héritage panafricain de Wigwe

L’histoire de Herbert Wigwe trouve également un écho en République démocratique du Congo.

Présente dans le pays depuis 2002, Access Bank RDC s’inscrit dans l’expansion africaine du groupe. Plus de vingt ans après son implantation, la banque continue de renforcer sa présence sur le marché congolais.

Les résultats de 2025 montrent une institution en phase de consolidation et d’expansion.

L’un des éléments les plus remarquables est sa solidité prudentielle. Access Bank RDC affiche un ratio de solvabilité global de 32,39 %, soit plus de trois fois le minimum réglementaire de 10 %. Son ratio de levier atteint 16,80 %, contre un seuil réglementaire de 5 %.

Cette assise financière donne à la banque une marge importante pour poursuivre sa croissance et accompagner davantage sa clientèle.

Sur le plan commercial, Access Bank RDC dispose de plus de 200 000 comptes et d’un portefeuille de crédits de plus de 308 milliards de CDF. La banque s’appuie sur un réseau en expansion et sur le développement des agents bancaires pour élargir son accès aux clients.

Son offre couvre les particuliers, les entreprises, les PME, les institutions publiques et les services numériques. Cette diversité lui permet de s’adresser à plusieurs segments du marché congolais.

Les perspectives annoncées pour les prochaines années sont ambitieuses. Access Bank RDC projette un total bilan de 975,7 millions de dollars en 2026, 1,29 milliard de dollars en 2027 et 1,53 milliard de dollars en 2028, avec une hausse attendue des crédits nets à la clientèle et des dépôts.

Ces chiffres dessinent le profil d’une banque fortement capitalisée, en croissance et disposant de moyens pour poursuivre son développement.

Pour la RDC, cette évolution donne une dimension concrète à l’une des idées fortes du parcours de Herbert Wigwe : une institution africaine peut partir d’un marché national, grandir progressivement et prendre place dans plusieurs économies du continent.

Pour l’héritage de Wigwe, cette présence rappelle surtout que la vision panafricaine à laquelle il a consacré une partie de sa carrière continue de produire des effets au-delà du Nigeria.

De l’héritage à la responsabilité

Le parcours de Herbert Wigwe dépasse son passage à la tête d’Access Bank.

Il laisse derrière lui une expérience bancaire, une ambition panafricaine et un projet éducatif tourné vers la formation des générations futures.

Son parcours pose une question simple aux dirigeants africains :

Que construisons-nous aujourd’hui qui pourra continuer à servir demain ?

La réponse ne se trouve pas uniquement dans les résultats financiers.

Elle se trouve dans les collaborateurs formés, les institutions renforcées, les entreprises accompagnées et les jeunes auxquels on donne la possibilité de prendre des responsabilités.

Herbert Wigwe a participé à la transformation d’une banque. Il a ensuite porté son regard vers l’éducation et la formation des jeunes.

Il avait compris qu’une institution financière peut accompagner la croissance d’une économie, mais que cette croissance a besoin de femmes et d’hommes capables de la porter.

La vision demeure

Herbert Wigwe aurait eu 60 ans ce 15 août 2026.

Il est parti à 57 ans. Les institutions auxquelles il a consacré une partie de sa vie continuent leur chemin.

Access Bank poursuit son développement sur le continent. En RDC, sa filiale renforce sa solidité financière, développe sa clientèle et affiche de nouvelles ambitions pour les prochaines années.

Wigwe University poursuit également le projet éducatif imaginé par son fondateur.

C’est peut-être ce qui donne tout son sens à cet anniversaire posthume.

Une carrière peut s’arrêter. Une vision peut continuer.

Pour Management Times RDC, rendre hommage à Herbert Onyewumbu Wigwe, c’est rappeler cinq principes qui restent d’actualité pour les dirigeants africains :

Voir grand.

Investir dans les talents.

Construire des institutions capables de durer.

Penser au-delà des frontières.

Préparer la relève.

Ces cinq leçons racontent une partie de son parcours. Lorsqu’un mandat s’achève, lorsque les responsabilités changent de mains et lorsque le dirigeant quitte l’organisation, que reste-t-il ?

Une entreprise plus forte ?

Des équipes mieux préparées ?

Une institution capable de continuer sans lui ?

Une génération prête à prendre des responsabilités ?

C’est dans ces éléments que se mesure la portée d’un leadership.

Herbert Wigwe a contribué à bâtir une banque.

Il a voulu former une génération.

Il a défendu l’idée d’une Afrique capable de construire ses propres institutions et de prendre davantage en main son avenir.

À l’occasion de son 60e anniversaire posthume, Management Times RDC rend hommage à Herbert Onyewumbu Wigwe, un bâtisseur africain dont la vision demeure.

15 août 1966 – 9 février 2024

Management Times RDC

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