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Les 4 leaders publics qui s’efforcent de rendre l’action de l’État plus performante malgré les contraintes du système

La performance de l’action publique constitue aujourd’hui un enjeu central pour les économies émergentes. La qualité des institutions, l’efficacité administrative et la capacité de mise en œuvre des politiques publiques influencent directement la croissance économique, l’attractivité des investissements et la confiance des citoyens envers l’État. En République démocratique du Congo, l’appareil public évolue dans un […]

La performance de l’action publique constitue aujourd’hui un enjeu central pour les économies émergentes. La qualité des institutions, l’efficacité administrative et la capacité de mise en œuvre des politiques publiques influencent directement la croissance économique, l’attractivité des investissements et la confiance des citoyens envers l’État.

En République démocratique du Congo, l’appareil public évolue dans un environnement marqué par des contraintes organisationnelles importantes, des défis de gouvernance persistants et des exigences croissantes en matière de résultats. Face à ces réalités, certains dirigeants publics cherchent à introduire des pratiques de gestion orientées vers la performance, la responsabilité institutionnelle et l’efficacité administrative.

 Les recherches en administration publique africaine mettent en évidence les contraintes institutionnelles qui influencent l’efficacité de l’action publique sur le continent. Les travaux de Peter Evans sur la capacité bureaucratique et le rôle de l’État dans le développement économique montrent que la performance publique dépend largement de la solidité institutionnelle et de la qualité de la gestion administrative (Embedded Autonomy, 1995).

Les analyses de Nicolas van de Walle soulignent aussi les limites liées aux structures politiques, aux pressions économiques et aux logiques de gouvernance qui affectent la mise en œuvre des politiques publiques en Afrique (African Economies and the Politics of Permanent Crisis, 2001).

Ces observations trouvent une illustration pertinente en République démocratique du Congo, caractérisée par des défis administratifs, financiers et infrastructurels persistants. Malgré cet environnement complexe, certains responsables publics tentent de renforcer l’efficacité institutionnelle et d’orienter la gestion publique vers des résultats mesurables.

Dans cet article, l’objectif ici n’est pas de présenter ces dirigeants comme supérieurs aux autres acteurs publics ni d’ignorer les limites de leur action. Leur gestion comporte des marges d’amélioration. Leur point commun réside plutôt dans une volonté affirmée de promouvoir un leadership orienté vers la performance et la transformation organisationnelle.

Jean-Pierre Lihau — Reconfiguration de l’administration publique

Jean-Pierre Lihau a engagé plusieurs réformes visant la rationalisation et la modernisation de l’administration publique. Il a notamment lancé le Fichier de Référence de l’Administration Publique (FRAP), un programme d’identification biométrique destiné au recensement physique des fonctionnaires, permettant de détecter les agents fictifs, les doublons et les cas de cumul de fonctions afin d’assainir la masse salariale et d’améliorer la transparence dans la gestion des effectifs publics.

Son action a également permis la relance du processus de mise à la retraite des agents ayant dépassé l’âge légal après plusieurs années de blocage, offrant à des milliers de fonctionnaires des indemnités de fin de carrière tout en libérant des postes pour le renouvellement de l’administration. Par ailleurs, il a contribué à l’extension du système de protection sociale des agents publics à travers la Caisse Nationale de Sécurité Sociale des Agents Publics (CNSSAP), visant à garantir les pensions de retraite et la prise en charge des risques sociaux grâce à un élargissement progressif de la couverture à plusieurs catégories d’agents de l’État.

Ces initiatives traduisent une orientation vers une administration structurée autour de règles de gestion plus claires et d’une culture de responsabilité.

André Wameso — Renforcement de la gouvernance économique

À la Banque Centrale du Congo, André Wameso a engagé plusieurs réformes visant la stabilisation et la modernisation du système financier congolais. Il a notamment initié une stratégie de dédollarisation visant à réduire la dépendance à la monnaie américaine, en encourageant l’affichage des prix et le paiement des taxes en francs congolais, tout en incitant les banques à accorder davantage de crédits en monnaie nationale. Dans une logique de soutien à l’activité économique, il a également conduit une baisse du taux directeur de la Banque Centrale du Congo afin de réduire le coût du crédit pour les entreprises et les particuliers et de soutenir la dynamique de croissance.

 Son action s’est aussi traduite par la consolidation et la diversification des réserves de change à travers l’acquisition d’or monétaire produit localement, renforçant ainsi la crédibilité financière de l’institution et la résilience face aux fluctuations monétaires.

Par ailleurs, il travaille pour la modernisation du système de paiement en favorisant l’interopérabilité entre banques commerciales et opérateurs de mobile money, permettant des transactions plus rapides entre comptes bancaires et portefeuilles électroniques et contribuant à l’élargissement de l’inclusion financière.

Teddy Lwamba — Performance opérationnelle et gestion du secteur énergétique

À la direction générale de la Société Nationale d’Électricité, Teddy Lwamba Teddy Lwamba a engagé plusieurs initiatives visant l’amélioration de la performance du secteur énergétique et l’extension de l’accès à l’électricité.

Il a notamment structuré le « Compact Énergétique National », un programme destiné à accroître significativement le taux d’accès à l’électricité, avec un objectif de progression importante à l’horizon 2030 grâce à la mobilisation d’investissements publics et privés pour renforcer les infrastructures énergétiques.

Son action s’est également traduite par une réforme du cadre légal du secteur de l’électricité, marquée par l’adoption d’amendements facilitant les partenariats public-privé et permettant à des opérateurs privés de produire et distribuer l’énergie dans des zones non couvertes par le réseau national.

Parallèlement, il a mis en œuvre une politique de terrain visant la stabilisation du réseau électrique à travers le remplacement des transformateurs défectueux dans plusieurs zones urbaines, contribuant à réduire les interruptions prolongées d’électricité.

il a accéléré la modernisation technique de la Société Nationale d’Électricité par le déploiement de compteurs intelligents et de systèmes de télé-relevé, afin d’améliorer la gestion des recettes, renforcer la transparence de la facturation et optimiser la distribution de l’énergie.

Tombola Muke — La formation des futurs cadres comme lévier pour transformer l’action de l’État

Sous la direction de Tombola Muke, l’École Nationale d’Administration a mené plusieurs actions visant le renforcement de la qualité institutionnelle et la modernisation de la formation des cadres publics. Son action a notamment conduit à la certification de l’ENA à la norme internationale ISO 9001-2015 par AFNOR, attestant la structuration des processus internes selon les standards internationaux de management de la qualité et l’instauration d’une culture d’amélioration continue orientée vers les résultats.

Parallèlement, l’institution a diversifié son modèle économique et son offre de formation grâce à des accréditations stratégiques auprès d’organismes internationaux tels que le Project Management Institute (PMI), comme Authorized Training Partner, et le PECB, permettant la délivrance de certifications professionnelles reconnues mondialement et renforçant l’autonomie financière de l’école.

 L’ENA s’est également positionnée comme un centre national de professionnalisation permanente en intégrant la formation continue des agents publics dans la stratégie de développement du capital humain de l’État. Cette orientation s’est accompagnée du renforcement de partenariats institutionnels, notamment avec l’Inspection Générale des Finances au niveau national et avec des organisations internationales, favorisant le transfert de compétences et l’alignement sur les standards internationaux.

 La modernisation et la digitalisation des procédures, à travers notamment la plateforme MyENA, ont contribué à améliorer la transparence des processus de recrutement et l’accès à la formation, traduisant une gouvernance orientée vers l’efficacité organisationnelle et la transformation durable des capacités administratives.

Les actions citées ci-haut s’inscrivent toutefois dans un environnement institutionnel marqué par des contraintes structurelles importantes qui continuent d’influencer la performance de l’action publique en Afrique et en République démocratique du Congo. Les indicateurs internationaux de gouvernance, notamment ceux de la Banque mondiale, montrent que plusieurs États africains font encore face à des défis liés à l’efficacité gouvernementale, à la qualité de la régulation et aux capacités administratives.

 En RDC, ces contraintes se traduisent par des défis persistants tels qu’un taux d’accès à l’électricité encore inférieur à un quart de la population, une forte dépendance aux ressources naturelles, un secteur informel représentant une part majoritaire de l’activité économique et des capacités institutionnelles souvent limitées pour la mise en œuvre des politiques publiques.

À ces facteurs s’ajoutent les contraintes budgétaires, le déficit d’infrastructures et la complexité organisationnelle des institutions publiques, qui influencent la portée et la vitesse des réformes engagées. Dans ce contexte, les initiatives portées par ces responsables traduisent une dynamique progressive d’amélioration de la gouvernance, dont l’impact dépendra de la continuité des transformations engagées et du renforcement durable des capacités de l’État.

Management Times RDC

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