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Le dilemme du lapin négociateur : Quand le client négocie trop

Imaginez deux lapins face à face, chacun évaluant l’autre, prêt à défendre sa part de carotte. Cette image, bien que légère, capture l’essence de nombreuses négociations commerciales. Dans les salles de réunion, sur WhatsApp ou par visioconférence, les échanges entre vendeur et client ressemblent souvent à une partie d’échecs silencieuse. La tentation de céder pour […]

Imaginez deux lapins face à face, chacun évaluant l’autre, prêt à défendre sa part de carotte. Cette image, bien que légère, capture l’essence de nombreuses négociations commerciales. Dans les salles de réunion, sur WhatsApp ou par visioconférence, les échanges entre vendeur et client ressemblent souvent à une partie d’échecs silencieuse.

La tentation de céder pour conclure est grande. Pourtant, chaque concession excessive fragilise la perception de votre valeur, affaiblit votre positionnement et compromet la rentabilité à long terme de votre entreprise. Comme le rappelle Chris Voss, ancien négociateur du FBI et auteur de Never Split the Difference, « céder trop vite, c’est perdre le contrôle du cadre de la négociation ».

Alors, comment maintenir un équilibre entre satisfaction client et préservation des marges ? Comment s’assurer que, quand le client négocie trop, vous ne perdez ni la vente, ni la valeur de votre offre ? Les approches inspirées de Forbes et du Harvard Negotiation Project offrent des pistes concrètes pour y parvenir.

Comprendre les motifs profonds de la négociation client

La première étape d’une négociation efficace est la compréhension. Pourquoi le client négocie-t-il ? Derrière chaque demande de réduction se cache une logique spécifique.

Le client “Bargainer” Culturel : Dans certaines cultures d’affaires notamment africaines ou moyen-orientales  la négociation est un rituel social. Ne pas négocier peut être perçu comme un manque d’intérêt ou un signe d’arrogance.

La Pression sur les Coûts : Certains clients subissent des contraintes budgétaires internes. Ils sont évalués sur leur capacité à “faire mieux avec moins”. Dans ce cas, la discussion ne porte pas sur la valeur perçue, mais sur la capacité à rentrer dans un budget figé.

Le test de la Valeur : Le client veut simplement s’assurer que le prix est justifié. Il teste votre confiance en votre propre offre. Si vous baissez trop vite, vous lui confirmez que votre produit était surévalué.

L’effet d’Ancrage : En proposant un prix bas, le client tente d’imposer un point de départ psychologique autour duquel la négociation va graviter. C’est une tactique classique.

Action : pratiquer l’écoute active et le questionnement stratégique.


Au lieu de réagir immédiatement à une demande de réduction, posez des questions ouvertes :
– « Qu’est-ce qui vous semble trop élevé dans ce tarif ? »
– « Si nous trouvions un moyen d’optimiser la valeur, sans toucher au prix, cela vous conviendrait-il ? »

Comme le rappellent Fisher et Ury (Getting to Yes), comprendre les intérêts derrière les positions est la clé d’une négociation gagnant-gagnant.

2. Redéfinir la Valeur au-delà du Prix

L’erreur la plus fréquente est de réduire la négociation à une question de chiffres. Le prix n’est qu’une traduction chiffrée de la valeur perçue, pas son essence.

Différenciation et Bénéfices Uniques : Rappelez au client ce qui rend votre offre incomparable. Peut-être s’agit-il d’un service après-vente exceptionnel, d’une technologie exclusive ou d’un accompagnement personnalisé. Dans l’image des lapins, c’est comme si l’un offrait une carotte bio et l’autre une carotte standard.

Le Coût Total de Possession (TCO) : Montrez que votre solution, même plus chère à court terme, coûte moins cher sur la durée. Une maintenance plus simple, une durée de vie supérieure, une efficacité accrue peuvent justifier une différence de prix.

La Personnalisation : Mettez en avant la valeur de l’adaptation. Ce que vous offrez est unique, conçu pour répondre précisément à ses besoins. La personnalisation crée une barrière invisible mais puissante contre la comparaison purement tarifaire.

 Action : préparer des arguments de valeur tangibles.
Avant chaque négociation, listez trois à cinq points de différenciation majeurs, appuyés par des preuves : études de cas, témoignages clients, résultats mesurables. Dans les marchés africains, la preuve sociale et la confiance jouent souvent un rôle plus fort que la seule logique de prix.

3. Les Leviers de Négociation Sans Réduire le Prix

Quand le prix devient une ligne rouge, d’autres variables peuvent entrer dans le jeu. Les meilleurs négociateurs ne concèdent pas, ils échangent.

Conditions de Paiement : Offrir un échéancier ou un paiement fractionné peut soulager le client sans affecter votre prix facial.

Volume et Durée : Si le client s’engage sur une quantité plus importante ou un contrat à long terme, une concession marginale devient un levier de fidélisation.

Fonctionnalités et Services : Retirer certaines options “non essentielles” pour rester dans le budget permet de garder la maîtrise de la perception de la valeur.

Garanties et Support : Un service premium ou une extension de garantie peuvent renforcer la satisfaction du client sans toucher au prix.

Action : créer un menu de concessions ou “trade-offs stratégiques”.
Identifiez à l’avance les variables que vous pouvez ajuster. N’offrez rien sans contrepartie. Chaque “oui” doit être conditionné à un “si”.

Exemple :

«Nous pouvons envisager cette remise si le contrat est signé avant la fin du trimestre. »
« Je peux prolonger la garantie de six mois si vous augmentez légèrement le volume. »

Ces échanges équilibrés construisent la perception d’un partenariat mature et professionnel.

4. La psychologie de la concession

La manière dont vous concédez est souvent plus importante que la concession elle-même.

Ne jamais concéder en premier : Laissez le client poser sa demande. Cela révèle son seuil psychologique.

Faire des concessions progressives : Chaque pas doit être mesuré, réfléchi et conditionné. Une concession donnée sans explication perd toute valeur symbolique.

Conditionner les concessions : “Je peux envisager X si vous êtes prêt à Y.” Cette technique renforce le respect mutuel et installe une dynamique d’équilibre.

Savoir dire non, élégamment : Refuser n’est pas fermer la porte. C’est parfois affirmer la solidité de votre offre.

Exemple :


« Descendre à ce prix compromettrait la qualité du service que nous nous engageons à vous offrir. Mais je peux ajuster la configuration pour rester dans votre budget. »

Gérer les émotions : Comme le note Aurélien Colson (ESSEC IRENÉ), “la négociation est un espace de rationalité limitée, gouverné par les émotions.” Rester calme, empathique et confiant envoie un signal fort : vous maîtrisez votre offre et la situation.

 Action : pratiquer le “donner-gagner”.


Chaque concession doit renforcer la relation, pas la fragiliser. Vous ne cédez pas, vous co-construisez.

La négociation n’est pas une simple bataille de prix, c’est un exercice de création de valeur partagée. Les entreprises qui réussissent en RDC sont celles qui savent écouter attentivement, défendre fermement leur valeur et transformer chaque demande de concession en opportunité stratégique.

Comme les deux lapins qui trouvent un terrain d’entente pour partager la carotte, l’objectif n’est pas de “vaincre”, mais de construire un accord durable et équilibré, où chaque partie se sent gagnante et respectée.

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