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Il ne s’agit pas seulement d’un pays : le leadership à l’épreuve de la crise

La finale opposant le Sénégal au Maroc dépasse largement le cadre du football. Elle constitue un laboratoire grandeur nature du leadership en situation extrême, là où l’émotion collective, la pression du résultat et l’incertitude se combinent pour tester la solidité des individus et des systèmes. Dans ces moments, le leadership ne se proclame pas, il […]

La finale opposant le Sénégal au Maroc dépasse largement le cadre du football. Elle constitue un laboratoire grandeur nature du leadership en situation extrême, là où l’émotion collective, la pression du résultat et l’incertitude se combinent pour tester la solidité des individus et des systèmes. Dans ces moments, le leadership ne se proclame pas, il se révèle. Cette rencontre illustre avec une rare clarté la manière dont les organisations réagissent face à une crise perçue comme injuste et comment, parfois, un individu parvient à transformer une rupture potentielle en levier de performance collective.

Lorsque le but sénégalais est annulé, suivi de l’octroi d’un penalty controversé en faveur du Maroc, le match change de nature. Ce n’est plus seulement une confrontation sportive, mais une épreuve émotionnelle. Le sentiment d’injustice devient partagé, amplifié par l’enjeu et le contexte. Dans les organisations, ce type d’événement externe joue souvent le rôle de déclencheur de crise systémique, car il remet en cause la perception d’équité, pilier fondamental de l’engagement collectif.

La réaction de l’entraîneur sénégalais, qui décide de faire rentrer ses joueurs aux vestiaires, s’inscrit dans une logique profondément humaine. Face à la pression et à l’émotion, le leader hiérarchique adopte une posture de protection et de retrait. D’un point de vue managérial, cette décision illustre un leadership directif sous stress, tel que décrit par les travaux sur la prise de décision en contexte de surcharge émotionnelle. Lorsque la rationalité est saturée, l’action devient défensive, guidée davantage par l’émotion que par une lecture stratégique de long terme.

Ce type de réaction est fréquent dans les organisations confrontées à des décisions réglementaires défavorables, à des arbitrages institutionnels contestés ou à des crises de réputation. Le leader cherche à préserver son groupe, mais court le risque de désorganiser la dynamique collective en déplaçant l’attention de la performance vers la contestation. La crise émotionnelle prend alors le dessus sur l’objectif initial.

C’est précisément dans cet espace de déséquilibre que s’opère un basculement décisif. Sur le terrain, Sadio Mané intervient. Son action ne relève ni de la protestation ni de la confrontation. Elle s’inscrit dans une logique de régulation émotionnelle. En calmant ses coéquipiers et en les ramenant sur le terrain, il réoriente l’énergie collective vers ce qui reste contrôlable. Il n’impose rien, il influence. Il ne conteste pas l’injustice perçue, mais refuse qu’elle dicte le comportement du groupe.

Cette posture correspond à ce que la littérature en management qualifie de leadership transformationnel. Mané agit par exemplarité, par crédibilité et par maîtrise émotionnelle. Il incarne la stabilité dont le collectif a besoin pour rester fonctionnel. À travers cette intervention, il exerce également un leadership adaptatif, au sens de Ronald Heifetz, en aidant le groupe à traverser une zone d’incertitude sans se fragmenter. Il ne propose pas de solution technique, mais crée les conditions psychologiques nécessaires à la poursuite de l’action.

Dans les organisations, ce type de leadership émerge souvent en dehors des structures formelles. Ce sont des leaders informels, des figures de référence ou des individus dotés d’une forte légitimité symbolique qui parviennent à contenir l’anxiété collective. Leur rôle est essentiel, car la performance en situation critique dépend moins des compétences techniques que de la capacité du groupe à rester émotionnellement stable.

La suite du match illustre parfaitement cette réalité. Le penalty est manqué, le Sénégal reprend le contrôle psychologique de la rencontre, puis marque et s’impose. Ce retournement ne s’explique pas uniquement par des facteurs sportifs. Il est le produit d’un avantage mental reconquis au moment le plus critique. La stabilité émotionnelle devient alors un véritable avantage compétitif.

Cette finale rappelle une vérité fondamentale du leadership contemporain. L’émotion ne peut être éliminée, mais elle peut être canalisée. Le leadership ne se limite pas à une position hiérarchique, il se manifeste dans la capacité à influencer les comportements lorsque les repères habituels s’effondrent. Dans les contextes de crise, ce ne sont pas toujours ceux qui décident qui dirigent réellement, mais ceux qui parviennent à maintenir la cohésion et la lucidité collective.

Ce match démontre enfin que le leadership se révèle rarement dans le confort. Il prend tout son sens lorsque le système vacille, lorsque l’injustice est perçue comme insupportable et que la tentation du retrait devient forte. Dans ces moments, le véritable leader est celui qui empêche le groupe de perdre ce qu’il contrôle encore : son calme, sa dignité et sa capacité à agir.

Grace Wilfreid Monzele a plus de dix ans d’expérience dans l’industrie. Il se spécialise aujourd’hui dans les domaines de la FinTech, des paiements, de la transformation numérique, de l’e-commerce et du management de projet. Son objectif est d’accompagner les entreprises dans leur adaptation à l’ère numérique, en intégrant des solutions innovantes et des technologies émergentes afin d’optimiser leurs opérations financières et d’améliorer l’expérience client.

Intellectuel ouvert et curieux, il ne se limite pas aux enjeux technologiques : il s’intéresse également aux questions de leadership, de stratégie et de gouvernance, qu’il considère comme essentielles à la réussite des transformations numériques durables.

Il est titulaire d’un Executive Master de l’ICHEC –Formation Continue, ainsi que d’un Master en Management de Projet de l’Université Senghor.

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