Après avoir dirigé l’une des plus importantes opérations de consolidation bancaire en République démocratique du Congo avec la fusion d’Equity Bank Congo et de la BCDC, Célestin Mukeba est appelé à conduire une autre transformation, d’une nature différente. Depuis juillet 2025, il dirige la Caisse Générale d’Épargne du Congo (CADECO SA), seule banque commerciale publique du pays. Ses premiers mois de mandat donnent les premiers repères d’une stratégie axée sur la modernisation, la gouvernance et le renforcement des capacités internes.
Lorsqu’il accepte de prendre la direction générale de la CADECO, Célestin Mukeba quitte un environnement où les impératifs de rentabilité, de compétitivité et de croissance structurent les décisions quotidiennes. À la tête d’une banque publique, les paramètres changent. La performance financière demeure importante, mais elle s’inscrit dans un cadre plus large où les attentes de l’État, les exigences réglementaires, les missions de service public et les réalités du territoire doivent être conciliées.
Cette transition constitue l’une des particularités de son parcours.
Une carrière construite dans le secteur bancaire
Le parcours de Célestin Mukeba s’est développé presque entièrement dans le secteur financier.
Après une formation universitaire en gestion à l’Université Protestante au Congo, complétée par des programmes de perfectionnement à la ProCredit Academy en Allemagne puis à la Harvard Business School, il débute dans l’audit financier avant de rejoindre ProCredit Bank Congo.
Il y exerce successivement les fonctions de directeur financier, directeur de la trésorerie, directeur général adjoint puis administrateur directeur général.
Cette progression intervient dans un contexte où le secteur bancaire congolais connaît une profonde mutation. Les exigences prudentielles évoluent, la concurrence s’intensifie et les banques doivent investir davantage dans leurs systèmes d’information, leur gouvernance et leurs mécanismes de contrôle.
Son expérience prend une nouvelle dimension lorsque ProCredit Bank Congo est intégrée au groupe Equity.
Quelques années plus tard, il participe à l’opération de fusion entre Equity Bank Congo et la Banque Commerciale du Congo (BCDC). L’intégration de deux établissements aux cultures organisationnelles différentes représente alors un exercice complexe qui mobilise aussi bien les équipes opérationnelles que les fonctions de contrôle, les services informatiques et les ressources humaines.
La réussite d’une telle opération repose moins sur la seule dimension financière que sur la capacité à accompagner le changement, maintenir la continuité des services et préserver la confiance des collaborateurs comme des clients.
Cette expérience constitue aujourd’hui l’un des principaux éléments de son profil.
Changer d’échelle
La nomination de Célestin Mukeba à la direction générale de la CADECO marque un changement d’environnement.
Contrairement à une banque privée, la CADECO exerce son activité dans un cadre où les attentes dépassent les seuls résultats commerciaux. Son réseau historique, présent dans plusieurs provinces, lui confère un rôle particulier dans l’accès aux services financiers.
La mission confiée à la nouvelle direction consiste à renforcer les capacités opérationnelles de l’institution tout en améliorant sa gouvernance et son efficacité.
Les premiers mois de mandat montrent une approche progressive. Plutôt que d’annoncer une rupture, la direction privilégie une succession de projets destinés à moderniser les infrastructures, les outils de travail et l’organisation interne.
Moderniser avant de développer
Parmi les premiers chantiers figure la réhabilitation du siège social de la banque.
Les travaux concernent les espaces administratifs, les zones d’accueil et plusieurs installations techniques. L’objectif est d’améliorer les conditions de travail des collaborateurs tout en offrant un environnement plus adapté à la clientèle.
Cette démarche répond à une logique simple : une institution qui souhaite améliorer la qualité de ses services doit également investir dans son outil de travail.
En parallèle, la banque renouvelle progressivement son parc informatique.
De nouveaux équipements sont déployés et la numérisation des archives est engagée afin de réduire la dépendance aux procédures papier.
Ces investissements accompagnent une transformation plus large des méthodes de travail.
L’accélération de la digitalisation
Le développement des infrastructures numériques figure parmi les principaux axes du début de mandat.
La CADECO déploie la technologie Starlink dans plusieurs agences afin d’améliorer la qualité de la connectivité, notamment dans des zones où les infrastructures télécoms demeurent limitées.
La banque poursuit également les travaux préparatoires à son intégration dans la chambre de compensation de la Banque Centrale du Congo.
Cette évolution doit faciliter les échanges avec les autres établissements bancaires et renforcer la fluidité des opérations.
Pour une banque publique appelée à accroître sa compétitivité, ces investissements constituent un préalable à l’amélioration des services.
Miser sur les compétences internes
La transformation engagée ne repose pas uniquement sur les investissements matériels.
Au cours des premiers mois, plus de 150 collaborateurs participent à différents programmes de formation.
Les sessions portent sur les outils numériques, les procédures bancaires, les exigences réglementaires et l’amélioration de la qualité de service.
Cette orientation traduit une conviction régulièrement exprimée dans les organisations confrontées à des réformes : les changements technologiques produisent des résultats durables lorsqu’ils s’accompagnent d’une évolution des compétences.
Une gouvernance davantage orientée vers la responsabilité
Les premiers mois de mandat sont également marqués par la tenue des organes statutaires de la banque.
L’Assemblée générale valide notamment les états financiers de l’exercice précédent.
Au-delà des obligations réglementaires, cette étape participe au renforcement des mécanismes de gouvernance et de reddition des comptes.
La direction met progressivement en place des méthodes de suivi davantage orientées vers les résultats et la responsabilité des différentes structures internes.
Le choix du terrain
Plusieurs déplacements effectués dans les agences de la banque témoignent d’une volonté de rapprocher la direction générale des réalités opérationnelles.
Ces visites permettent d’évaluer les besoins locaux, d’échanger avec les collaborateurs et d’identifier les contraintes spécifiques rencontrées dans les différentes provinces.
Cette démarche vise également à mieux adapter les décisions prises au siège aux réalités du réseau.
Une transformation qui reste à confirmer
Les cent premiers jours d’un mandat permettent rarement de mesurer les effets d’une stratégie. Ils donnent surtout une indication sur les priorités retenues et sur la méthode de gouvernance adoptée.
Dans le cas de la CADECO, les premières décisions mettent l’accent sur la modernisation des infrastructures, le renforcement des capacités internes, la digitalisation et l’amélioration de la gouvernance. Les prochains exercices permettront d’apprécier l’impact de ces réformes sur la qualité des services, la performance de l’institution et sa contribution au financement de l’économie.
L’analyse présentée dans cet article ne prétend pas dresser un bilan exhaustif des actions entreprises. Elle propose un aperçu des principales réalisations engagées au cours des cent premiers jours du mandat de Célestin Mukeba, à partir d’informations rendues publiques et accessibles au moment de sa rédaction. D’autres initiatives, internes ou en cours de déploiement, n’y figurent pas nécessairement.
Une conclusion peut néanmoins être avancée. En rejoignant la CADECO après une carrière largement construite dans le secteur bancaire privé, Célestin Mukeba a choisi un défi dont les résultats seront appréciés au fil du temps, moins à l’aune des annonces que de leur traduction concrète dans le fonctionnement quotidien de l’institution et dans sa capacité à répondre aux attentes de ses clients, de ses partenaires et de l’État.
Au regard des actions engagées au cours de ces cent premiers jours, la dynamique observée apparaît très appréciable. Les initiatives entreprises témoignent d’une volonté ferme de moderniser l’institution, de renforcer sa gouvernance, d’investir dans le capital humain et d’améliorer progressivement ses capacités opérationnelles. Si les effets de ces réformes devront être confirmés dans la durée, les premiers signaux sont perçus favorablement par de nombreux observateurs. Ils traduisent une ambition de repositionner la CADECO comme une institution publique plus performante, mieux préparée à relever les défis du secteur bancaire congolais et à contribuer au développement économique du pays.