La géopolitique mondiale se redessine autour des minerais critiques. Le cuivre et le cobalt, dont la République démocratique du Congo détient une part majeure des réserves mondiales, structurent désormais les chaînes de valeur des batteries, des véhicules électriques et des infrastructures énergétiques.
Cette concentration de ressources place le pays au centre des stratégies d’approvisionnement des grandes puissances et des industriels. Les rivalités économiques, la sécurisation des chaînes logistiques et la transition énergétique modifient les équilibres internationaux. La RDC devient un acteur stratégique dans un jeu mondial où les matières premières déterminent la puissance industrielle.
C’est dans ce contexte que Baraka Kabemba prend la direction de la Gécamines. L’entreprise détient des actifs qui influencent la capacité du pays à capter une part plus importante de la valeur créée par ses ressources.
Avant cette nomination, il était associé directeur pays de EY en RDC, responsable du conseil pour la zone CEMAC et la RDC, ainsi que du segment Énergie (Oil & Gas, Mines & Métaux, Power & Utilities) pour l’Afrique subsaharienne francophone. Il totalise seize années d’expérience en audit et en conseil.
Il rejoint EY RDC en 2012 après onze années chez PricewaterhouseCoopers (PwC) en Belgique, au Gabon et en RDC. Il débute sa carrière en 2001 en Belgique dans l’audit bancaire, avant de poursuivre en Afrique centrale où il intervient dans les secteurs bancaire, télécoms et pétrolier.
Expert-comptable certifié en RDC, accrédité auprès de la Cour d’appel et membre associé de l’Association of Chartered Certified Accountants (ACCA), il dispose d’une solide expérience en gouvernance, gestion des risques, conformité et transformation organisationnelle ; des compétences clés pour piloter la mutation stratégique de la Gécamines.
La Gécamines face à ses défis structurels
Depuis plusieurs années, la Gécamines évolue entre potentiel considérable et performances limitées. Malgré la richesse de son portefeuille minier, elle a été confrontée à plusieurs fragilités :
Des lacunes dans la gouvernance et la traçabilité des flux financiers, qui ont affecté la confiance des partenaires ;
Des partenariats parfois déséquilibrés, réduisant la part de valeur effectivement captée par l’entreprise ;
Des contraintes opérationnelles liées à la modernisation d’infrastructures et de processus hérités d’un modèle industriel ancien.
Ces difficultés ne sont pas propres à la RDC. Elles caractérisent de nombreuses entreprises publiques engagées dans des secteurs stratégiques, soumises à des impératifs économiques et institutionnels simultanés.
Quand le secteur privé rencontre l’État
Le parcours de Baraka Kabemba au sein de EY l’a conduit à piloter des transformations organisationnelles complexes et à accompagner des institutions publiques et privées dans des environnements exigeants. Cette expérience lui a donné une maîtrise des standards internationaux de gouvernance, de performance et de structuration des partenariats.
La littérature académique sur le leadership public souligne que les dirigeants issus du privé réussissent lorsqu’ils adaptent leur approche au contexte institutionnel. Les travaux de Bozeman et Straussman ont montré que la capacité à naviguer entre exigences politiques, contraintes réglementaires et impératifs organisationnels conditionne l’efficacité des dirigeants dans le secteur public. À l’inverse, l’application mécanique de logiques exclusivement financières conduit souvent à des blocages.
Les débats autour du “New Public Management” ont cherché à rapprocher rigueur de gestion et mission publique, en mettant l’accent sur les résultats, la responsabilisation et la transparence. Plusieurs entreprises publiques à travers le monde ont amélioré leur performance en intégrant des pratiques issues du secteur privé tout en conservant leur ancrage institutionnel.
Enjeux et leviers stratégiques
Pour Baraka Kabemba, la réussite passera par une combinaison d’actions structurées.
- Clarifier la stratégie industrielle : définir le positionnement exact de la Gécamines dans la chaîne de valeur minière, renforcer son rôle dans les coentreprises et sécuriser une part accrue de revenus
- Rétablir la crédibilité financière: assurer une discipline budgétaire rigoureuse, améliorer la transparence des flux et instaurer une stabilité décisionnelle.
- Renforcer la position dans les négociations internationales : puisque les minerais congolais jouent un rôle clé dans les industries énergétiques mondiales, la structuration de partenariats équilibrés devient un levier décisif.
La dimension institutionnelle
La Gécamines demeure une entreprise détenue par l’État. La relation avec les autorités publiques influencera directement la marge de manœuvre stratégique de la direction. L’alignement entre les priorités nationales, le cadre réglementaire et la stratégie industrielle créera ou limitera les conditions de réussite.
Le soutien politique et la stabilité des arbitrages seront déterminants. Une transformation d’ampleur nécessite continuité, cohérence et clarté dans les orientations.
La nomination de Baraka Kabemba intervient à un moment où la position de la RDC dans l’économie mondiale se redéfinit autour de ses ressources minières. La question n’est pas seulement celle de la nomination d’un profil issu du secteur privé, ni celle des compétences ou de l’expérience du dirigeant.
Elle porte également surtout sur l’engagement de l’État à doter la Gécamines des moyens et de l’accompagnement nécessaires pour que le nouveau DG puisse créer de la valeur et conduire la transformation attendue.
Le redressement de la Gécamines n’est pas seulement tributaire du profil de Baraka Kabemba, mais aussi de la cohérence des politiques publiques, de la stabilité des orientations stratégiques et de la capacité institutionnelle à soutenir une mutation durable.
Le défi est désormais posé. Que chaque acteur : État, direction et parties prenantes assume pleinement son rôle afin de transformer le potentiel minier de la République démocratique du Congo en développement réel et en valeur partagée, au bénéfice de la croissance et du progrès collectif.











