Pendant que le secteur privé congolais multiplie les indicateurs de performance, les audits et les stratégies de transformation, une institution publique entend démontrer que ces mêmes exigences peuvent s’appliquer à l’administration.
C’est le message porté par l’École Nationale d’Administration de la République démocratique du Congo (ENA-RDC) lors de la présentation officielle de son Rapport annuel 2025, tenue le 3 septembre 2026 à Kinshasa.
Baptisé « In Altum », le rapport présente une année marquée par plusieurs changements : réforme de la formation initiale, digitalisation du recrutement, certification ISO 9001, développement de la formation continue, diversification des activités et progression des revenus.
La cérémonie s’est déroulée en présence de Jean-Pierre Lihau Ebua, Vice-Premier Ministre, Ministre de la Fonction publique, Modernisation de l’Administration et Innovation du Service public, ainsi que de Tombola Muke, Directeur Général de l’ENA, et de plusieurs responsables publics, cadres, partenaires et invités.
218 % de hausse des revenus
Le premier chiffre qui retient l’attention concerne les finances.
Selon les données présentées lors de la cérémonie, les revenus de l’ENA ont progressé de 218 % en 2025.
Le résultat net est passé de 195,8 millions de CDF en 2024 à 1,942 milliard de CDF en 2025.
Cette évolution est liée notamment à la progression des revenus issus des activités propres de l’institution, avec le développement de la formation continue, des services-conseils et de nouveaux partenariats.
Les états financiers ont été audités par le Collège des Commissaires aux comptes.
L’ENA cherche donc à développer un modèle qui ne repose pas uniquement sur la formation initiale des hauts fonctionnaires. La formation continue et les services destinés aux administrations occupent une place croissante dans son activité.
La création du Fonds de Formation Continue (FORCO) s’inscrit dans cette évolution. Le mécanisme vise à structurer le financement de la formation continue des agents publics.
Quand l’administration adopte les codes du management de la qualité
La transformation ne concerne pas uniquement les finances.
L’ENA a obtenu la certification ISO 9001:2015 de son système de management de la qualité par AFNOR.
Cette certification repose sur une organisation formalisée des processus, le suivi des performances et une démarche d’amélioration continue.
Les chiffres de pilotage présentés lors de la cérémonie montrent également cette volonté de mesurer l’activité.
Le Comité de Direction a tenu 74 réunions en 2025, dont 52 ordinaires et 22 extraordinaires.
Le programme d’activités a été exécuté à 84 %, tandis que la performance globale du système de management de la qualité a atteint 83 %.
Pour une institution publique, ces indicateurs permettent de passer d’une lecture centrée sur les activités réalisées à une lecture davantage orientée vers les résultats.
Former les futurs managers de l’État
Le contenu de la formation évolue lui aussi.
La réforme du programme de formation initiale met davantage l’accent sur les compétences, la pensée critique, le bilinguisme, l’engagement citoyen et la gestion de projet.
L’ENA a également introduit un parcours de certification en gestion de projet autour du CAPM et du référentiel du Project Management Institute (PMI).
Cette orientation correspond aux nouvelles réalités du travail administratif.
Un cadre public doit aujourd’hui pouvoir piloter un projet, gérer une équipe, analyser des données, travailler avec des outils numériques et comprendre les enjeux liés à l’intelligence artificielle.
Le profil recherché évolue donc progressivement : moins de place pour la seule maîtrise des procédures, davantage pour les compétences de management, de leadership et de transformation.
21 459 candidatures pour 100 places
L’attractivité de l’ENA apparaît aussi dans les chiffres du concours.
Pour le recrutement de la 10ᵉ promotion, l’institution a reçu 21 459 candidatures pour seulement 100 places.
Parmi les candidats figuraient 5 153 femmes.
Le volume des candidatures traduit la forte demande autour de la formation des hauts cadres de l’administration.
Il pose également une question sur la composition des prochaines promotions et sur la place des femmes dans la haute fonction publique.
Avec 100 places disponibles, la sélection représente une compétition particulièrement forte entre les candidats.
MyENA : 21 000 dossiers et un processus digitalisé
Le recrutement de cette promotion a aussi été marqué par la digitalisation.
Grâce à MyENA, les candidats peuvent effectuer leur démarche en ligne.
Le dispositif permet à l’École de gérer un volume important de candidatures et offre aux candidats un accès plus simple au processus de sélection.
Pour une institution qui reçoit plus de 21 000 candidatures, la digitalisation n’est pas un simple changement technique. Elle devient une condition pratique pour gérer le recrutement à grande échelle.
Elle offre également des possibilités en matière de traçabilité et de gestion des données.
Jean-Pierre Lihau : former ne suffit plus
Le Vice-Premier Ministre Jean-Pierre Lihau a donné une orientation précise à la discussion : la performance d’une école d’administration doit être mesurée par les effets produits dans les services publics.
Le nombre d’agents formés constitue un indicateur d’activité.
La question suivante est celle de leur contribution à l’amélioration des administrations.
Un cadre formé doit pouvoir améliorer la prise de décision, la gestion des ressources, la conduite des projets et la qualité des services délivrés aux citoyens.
Cette approche pourrait pousser l’ENA à suivre davantage ses anciens élèves et à mesurer leur contribution aux résultats des administrations dans lesquelles ils évoluent.
De l’École à un véritable centre de transformation administrative
Avec la formation initiale, la formation continue, les services-conseils, les certifications, les partenariats et les outils numériques, l’ENA élargit progressivement son rôle.
L’institution cherche à devenir un espace où se développent de nouvelles pratiques de management public.
Cette évolution intervient dans une administration confrontée à plusieurs défis : modernisation des processus, digitalisation des services, gestion des données, développement des compétences et amélioration de la relation avec les citoyens.
L’enjeu pour l’ENA sera désormais de montrer que ses propres standards de performance peuvent produire des changements mesurables dans les administrations qu’elle accompagne.
Le véritable chiffre sera celui de l’impact
Les données présentées pour 2025 racontent une institution qui progresse sur plusieurs indicateurs : 218 % de hausse des revenus, 1,942 milliard de CDF de résultat net, 84 % d’exécution du programme d’activités, 83 % de performance du système qualité et 21 459 candidatures pour 100 places.
Mais le chiffre le plus important n’apparaît pas encore dans le rapport.
Il faudra mesurer l’impact des cadres formés sur les administrations congolaises.
Combien de projets sont mieux exécutés ? Combien de procédures sont simplifiées ? Combien de services deviennent plus rapides ? Combien d’administrations améliorent leurs performances ?
C’est sur ces résultats que se jouera la prochaine étape de la transformation de l’ENA.
« In Altum » présente les résultats d’une institution qui cherche à appliquer à sa propre gestion les exigences de performance, de qualité et de transparence qu’elle souhaite voir progresser dans l’administration congolaise. Le prochain défi sera de transformer cette performance institutionnelle en résultats concrets pour l’État et pour le citoyen.